Venezuela : le chavisme sur la sellette

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Fce à un pouvoir fragilisé par le climat social ambiant, l’opposition peine à s’unir. « Au sein même du mouvement, les divergences sont nombreuses », explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). « Il y a un véritable rapport de force et une guerre du pouvoir entre des groupes modérés (proches du gouverneur de l’État de Miranda, Capriles, NDLR), partisans du dialogue avec le pouvoir, et des mouvances plus radicales (liées à Lopez, NDLR) », désireuses de renverser Maduro, analyse-t-il. Et le chercheur de conclure : « Il n’y a pas de clivages idéologiques au sein de l’opposition, mais il y a de réelles divergences sur la manière de lutter. »

Or, si l’opposition souhaite peser dans le pays, il lui faudra d’abord s’unir, mais également séduire au-delà de son camp et convaincre « l’autre moitié du pays », rappelle Paula Vasquez Lezama, chargée de recherche au CNRS. En effet, Capriles comme Lopez – tous deux issus de familles aisées vénézuéliennes – trouvent leur base électorale « auprès des classes moyennes et supérieures », mais leur message, plus libéral et moins étatiste, passe peu auprès des couches populaires, « acquises au chavisme », cette idéologie impulsée par Chávez de redistribution des richesses et de nationalisation massive.

Et pour l’instant, les quartiers populaires de Caracas et d’autres grandes villes restent assez discrets. Un silence forcé, selon Paula Vasquez Lezama. « Dans ces quartiers, les Colectivos (milices chavistes), montés sur leurs motos, intimident les habitants et font la loi. » Pourtant, l’union des classes tant espérée par l’opposition n’est peut-être pas si illusoire. La crise économique que traverse le pays frappe toutes les strates sociales et entame même le moral des plus fidèles partisans du président Maduro.

Malgré « une unité de façade » du PSUV, la fragilité de Nicolás Maduro se fait ressentir « au sein même de son propre camp », analyse Adeline Joffres, de Paris-3. Et déjà des voix discordantes lui reprochent sa gestion du mouvement étudiant et de la crise économique, craignant de voir surgir un nouveau « Caracazo », une allusion à un épisode tragique vieux de 25 ans. Les habitants des quartiers pauvres de Caracas, asphyxiés par la hausse des prix des transports et des produits du quotidien, fondaient sur le centre-ville. Pendant une semaine, la capitale vénézuélienne fut le théâtre de pillages, d’émeutes qui se soldèrent par la mort de centaines de personnes (notamment liée aux répressions policières). L’instabilité politique héritée de ces émeutes provoqua le départ du président de l’époque, Carlos Andrés Pérez.

Un quart de siècle plus tard, le PSUV célèbre en grande pompe cette révolte populaire comme « l’année zéro du chavisme ». En coulisse, pourtant, on guette un nouveau soubresaut de la classe populaire. Une population qui avait profité des réformes sociales de Hugo Chávez mais qui se reconnaît de moins en moins dans le projet politique de son successeur, Nicolás Maduro. Et pas sûr que l’ouverture jeudi du célèbre carnaval de Caracas parvienne à apaiser les esprits.

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